Le chantier phase 2 : la maçonnerie
Le choix du mode de construction sur hérisson et mur banché au Nord :
Nous réalisons les murs Nord en béton banché pour pouvoir ensuite remblayer sur la hauteur de nos rez de chaussé (rdch). Un choix fondé sur des raisons esthétiques (s'intégrer à la pente) et thermique (l'inertie du béton et son contact avec le terrain à l'arrière devrait nous apporter de la fraicheur en été). Nous avons par ailleurs décidé d'avoir nos chambres au rdch pour des envies de frais l'été et de pas trop chaud l'hiver en période de chauffe (poele à bois).
Construire une maison sur un hérisson cela peut sembler inconfortable et instable !!!! mais avec les explications des gens du métier cela va tout de suite mieux. En fait au lieu d'un vide sanitaire (vide d'air sous la maison) ce mode de construction est fait d'une couche de galets entre lesquelles circulent l'air qui assainie et évite les remontées d'humidité par le sol. Un hérisson évite de trop faire remonter la construction et la dalle qui sera coulée sur les galets profite de l'inertie du sol. Il faut cependant bien réfléchir aux trajets des réseaux (eaux usées surtout et aller droit du regard en limite jusqu'aux sanitaires) car ils sont moins accessibles pour leur entretien qu'avec un vide sanitaire.
Etape n°1 : Les fouilles
Les fouilles sont creusées à l'emplacement des futurs murs. Puis du béton y est coulé.
Siloé et Adèle font "toc-toc" avec la main sur le béton et constat : "Ah OUIIII c'est solide"
Là c'est notre partie et à droite la vue sur Ispagnac.
Etape n°2 : les murs en béton banché
Commence alors la pose des banches (sorte de coffrage en tole) comprenant 2 trame métalliques. Une vers l'extérieur pour la sollidité, l'autre vers l'intérieur pour éviter la fissuration. Le tout est maintenu par des calles pour que rien ne bouge lorsque le béton (sable & ciment & eau) est coulé.
On laisse "tirer" le béton qui rend de l'eau en sèchant.
Le chantier phase 1 : le terrassement
6 février 2012 au soir : le terrassier (entreprise ispagnacoise) veut commencer le lendemain !!!
Le 7 février : le but du jeu est de monter une pente d'environ 25 % en tournant autour d'un pin par la gauche.
Maintenant créer une plateforme d'environ 500 m².
11 février : par - 15°C nous réalisons l'implantation des maisons sur le terrain. A la bombe bleue se dessine nos futurs espaces de vie.
La configuration du terrain nécessite de retenir par un moyen ou un autre la terre en bas pour créer une plateforme assez large permettant la circulation des engins autour des fondations. Ce sera un enrochement. Pas par conviction mais par nécessité de débloquer la suite des évènements et sa rapidité d'execution. Un mur en pierres sèches en quelque sorte mais en grosses pierres sèches ;-)
Voilà le résultat nous sommes le 20 avril.
En résumé pour le terrassement : 500 m3 de terre remués et 130 tonnes d'enrochement (80 m²).
Il faut trouver un terrain
Et oui "pas de bras, pas de chocolat" ; "pas de terrain, pas de maison"
Episode n°1 : Mars à fin septembre 2010 : discussion sur une première parcelle (à La Lèche).
Les contraintes du terrain et le refus de notre proposition par le propriétaire arrête là cette première piste.
Déception, mais cela nous a fait rencontrer notre future architecte, les élus, l'architecte des bâtiments de France, un notaire, les banques ... Et surtout je pense permis de "tester" notre équipe qui semble très complémentaire. L'un de nous 4 est là (à tour de rôle) pour remonter le moral du groupe ou relancer des idées nouvelles.
Episode n°2 : Fin novembre 2010 sur les conseils d'un adjoint d'Ispagnac, nous rencontrons le propiétaire du terrain. Le courant passe, le terrain est magnifiquement exposé avec un accès à imaginer.
Mi-janvier 2010 : signature (la première) d'un compromis de vente sous reserve d'avoir notre prêt et le permis de construire.
Le propiétaire du terrain, avec qui nous aurions aimé partager plus longtemps notre projet, décède brutalement fin janvier 2011. Nous avons apprécié sa convivialité et la confiance qu'il nous a fait en permettant au projet de démarrer. Il était sensible à nos choix de construction.
4 juillet 2010 : dépôt du permis de construire après un travail d'imagination puis de choix guidé par notre architecte "bioclimatique".
Le travail avec les banques s'accélère et nous devons être à notre 7ème simulation de prêt. Cela nécessite d'avoir un devis de chaque corps de métier et donc de préciser pas mal de choix techniques. Nous prenons à ce moment-là conscience de la diversité du vocabulaire et de la quantité de compétences nécessaires pour comprendre un projet "maison" de A à Z.
Nous partons pour une dalle sur hérisson de pierres, un mur en béton banché à l'arrière (sous serons remblayé sur un niveau à l'arrière) et une ossature bois à l'avant du rez de chaussée et pour l'étage.
9 décembre 2011 : L'épouse et une des filles du propriétaire sont avec nous pour signer la vente (l'achat) du terrain.
27 décembre 2011 : Nous obtenons nos prêts !
Fini le papier place au concret ! (Ouf)
Projet construction Maison
Le blog reprend du service pour partager avec vous les étapes de la construction d'une maison à Ispagnac. Depuis notre retour d'Haïti je (Pierre) n'ai jamais pris le temps d'écrire quelques articles. Je me (re)lance !
Un bref historique pour commencer (après ce sera plus technique) :
Depuis que nous sommes en Lozère (juillet 2007) nous aimons :
- La cadre de vie (grandiose) et le climat agréable
- L'accueil des gens, la place laissée à l'échange inter-personnel
Nous voilà dès le départ regardant les vitrines d'agences immobilières, scrutant des anonces de temps à autre, visitant des maisons de village à l'occasion.
C'est plutot restreint comme offre et l'état des biens visités présage souvent de gros travaux et sans extérieur.
En 2010 le projet évolue. A force de visiter les mêmes ruines nous voici un jour 4 (2 couples) à se retrouver pour imaginer notre maison idéale. Il semble que ce soit la même !!! Ne souhaitant pas vivre sous le même toit pour autant nous voilà partis à imaginer un projet de construction en mitoyenneté avec partage d'un espace commun.
Tout reste à réfléchir, imaginer, décider mais l'idée du projet est là, la motivation, l'écoute mutuelle aussi. Bref c'est parti.
Carte postale de vacances
Bonjour,
Bises à tous et au plaisir d'avoir de vos nouvelles,
Claire
du rhum d'Haïti importé en France
Ethiquable va importer du Rhum fabriqué en partie par le Mouvement Paysan de Papaye !
Pour en savoir plus : http://www.ethiquable.coop/fr/filieres-impacts/sucre/mpp-rhum-haiti.php
Ethiquable est une coopérative (SCOP) basée dans le Gers. Un de ses fondateurs a été volontaire en Haïti. Ils commercialisent aussi du café et du chocolat d'Haïti.
Meilleurs voeux 2011
Carte postale de vacances
Voici notre carte postale, envoyée depuis les Pyrénées orientales (Vernet les Bains)
Bises à tous
Claire
Mourjou chez Pernaut
La châtaigneraie cantalienne à l'honneur dans le JT de TF1 : http://videos.tf1.fr/jt-13h/visite-de-la-chataigneraie-dans-le-sud-du-cantal-5897405.html
Avec une petite apparition de Juliette !
ça bouge à Hinche
Merci Matthias pour cet article :
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-15-Haiti
Quelques photos des mistinguettes
Bonjour,
Suite à quelques demandes, voici la mise à jour de Siloé.Adèle2.0 !
(Notez que les photos ont été prises à une semaine d'intervalle :
nous sommes passés de l'hiver (15 mai) à la canicule (22 mai) !
Bises de nous 4
Le blog de CROSE
CROSE (Coordination des Organisations du Sud-Est), mouvement social haïtien dans lequel nous avons travaillé en 2006, a désormais un blog. Ceux qui le souhaitent, et particulièrement ceux qui ont donné à AVSF, peuvent suivre les activités de CROSE à l'adresse suivante : http://crose-haiti.blogspot.com
Nous attirons particulièrement votre attention sur l'article suivant :
Editorial du 3éme bulletin CROSE Urgence
"Finalement nous avons enterré nos morts. Il est temps de penser aux
prochains pas. Cela devrait être la tâche gouvernementale. Mais en
temps « normal » les responsables d’Etat n’ont jamais su présenter de
vision claire pour indiquer la route, ni de plan d’action pour
maitriser et résoudre les problèmes. Ils ont toujours, sur fond de
manipulation électoraliste (éternels candidats!), joué aux pompiers,
éteignant les feux là où les tensions sociales légitimes, les ont
attisés. Tout s’est toujours fait dans l’urgence, excepté la
planification du carnaval et les coups d’état électoraux. A peine sorti
du scandale financier et de l’incurie liés a la gestion de l’aide pour
les cyclones de 2008, le gouvernement peut-il faire face à cette
nouvelle catastrophe?
Tous les signes montrent que le pays est en train de s’enliser, de s’enfoncer dans cette nouvelle urgence post-séisme. Et à force «de prioriser l’urgence sur l’essentiel, on oublie l’urgence de l’essentiel».
L’essentiel c’est de reconstruire ce pays; dans sa dimension physique
certes, mais aussi et surtout dans sa dimension morale, sociale et
spirituelle en cherchant à renforcer et appuyer l’humanisme haïtien,
qui puise sa source dans notre riche vivier culturel. N’est-ce
pas cet humanisme là, qui a su, les trois premiers jours après le
séisme, motiver les hommes et les femmes à déblayer à mains nues les
décombres pour sauver des vies ? A partager l’eau, les les vêtements et
la nourriture, malgré leur précarité reconnue? En développant l’humanitaire basé sur l’aide externe unilatéralement, on risque d’étouffer l’humanisme haïtien.
L’essentiel, c’est de réorganiser ce pays sur le plan administratif et politique en tenant compte d’un réel plan d’aménagement territorial fondé sur la décentralisation, désormais opportune. L’essentiel c’est de refonder l’école haïtienne,
pour qu’elle soit une école citoyenne, axée sur la justice et l’équité,
facilitant l’accès à la connaissance à tous les citoyens et à toutes
les citoyennes. Qu’elle soit une école au service de la nation.
L’essentiel, c’est l’intégration nationale; c'est-à-dire, de casser les barrières qui séparent les différentes catégories et couches sociales
en valorisant le labeur et le travail de la paysannerie, des petites
marchandes, des artisans qui triment pour soutenir notre économie et
maintenir la vie.
L’essentiel enfin c’est, sur la base d’une nation retrouvée, articulée
autour des secteurs et acteurs majoritaires souffrants et progressistes
et des régions debout réclamant leurs droit au développement dans
l’autonomie, choisir les nouveaux dirigeants qui pourront tracer la route de demain,
car, il faut bien le reconnaitre, ceux qui sont là sont impuissants.
Ils doivent être renforcés ou d’autres mains doivent saisir le
flambeau. Le temps est certes au calme, mais le temps des ruptures est
venu"
le 17 février 2010
Les paysans
Une trilogie que nous avons regardé sur France 3 : un régal !
http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=limoges_paysans
Haïti pays créditeur, pas débiteur
Merci Matthias pour cet article :
"Je ne saurais que trop vous recommander l'article de l'excellente Naomi
Klein publié le 11 février dans The Nation et reproduit dans un blog de
journalistes français plutôt originaux (Article XI). Sa vision est
claire mais malheureusement pas présente dans les médias :
"La reconnaissance des dettes du monde envers Haïti changerait radicalement cette dynamique. Il n’y a qu’une seule manière de réparer les dommages : commencer par reconnaitre le droit des Haïtiens à des dédommagements."
Bien du plaisir à la lecture du reste de l'article, ici :
http://www.article11.info/spip/spip.php?article709
Un article de Raoul Peck à lire sans modération
Merci à Caro qui nous a signalé cet article, paru dans Libération et écrit par RAOUL PECK Directeur de la Femis, réalisateur et ancien ministre haïtien de la Culture.
Ces lignes devraient s’intituler billet d’un monde sans retour ou, plus proche de la vérité, chronique macabre d’un pays qui n’existe plus.
Je rencontre les amis survivants, qui n’arrivent pas à comprendre comment et pourquoi ils ont survécu. J’écoute incrédule l’histoire de ceux qui n’ont pas survécu. Assis l’un en face de l’autre dans le même bureau, l’un va survivre, l’autre pas. Un appel téléphonique a permis à l’un de sortir d’une salle, pas à l’autre. Il disparaît sous une chape de béton puis, par un retour de pendule, une ultime secousse le projette sur le toit, indemne et sans une égratignure. Deux amies sortent cinq minutes avant la fermeture des bureaux. Celle qui précède s’en sort, l’autre, pour une fraction de seconde, est prise sous l’amas de béton et de fer. Toutes les combinaisons possibles se sont répétées ainsi à l’infini. Les rues, les terrains de football, se sont transformés en une multitude de camps de réfugiés. Une nouvelle vie s’organise. On a tort de penser que c’est provisoire. Connaissant les carences de mon pays et n’attendant non plus aucune constance ni de suite dans les idées de la part de la communauté internationale (Haïti ne sera pas le premier cas d’abandon médiatico-humanitaire), ce provisoire se transforme déjà sous nos yeux (malgré le déni des dirigeants haïtiens et étrangers) en définitif.
Premier constat : encourageant. Une fois encore, la population haïtienne dans son ensemble -pauvres et riches, élus locaux, médecins, simples citoyens- a pris sur elle de s’organiser, de répondre aux urgences. Bien sûr, il y a des exceptions. Des citoyens moins intègres profitent de la détresse des autres. (Il faut 6 000 dollars pour sortir un corps des décombres, une petite industrie locale s’est développée). Bien sûr, il y a des pilleurs, professionnels et occasionnels. Mais, au final, nous avons affaire à une population mature, qui prend ses marques pour les temps durs à venir.
Dans l’avion du Quai d’Orsay qui m’emmène au pays, effet bizarre des conversations autour de moi. C’est comme entendre parler, in utero, des inconnus bienveillants. Ils ont déployé des plans d’état-major, des photos satellite. Ils prononcent les noms de lieux, de quartiers qui me sont familiers, liés à mes souvenirs les plus intimes. Pour eux, ce sont des QG, des sites d’intervention, des zones d’impact. Parfois, j’interviens tout aussi bienveillant pour corriger des contresens qui pourraient être fatals.
Deuxième constat : catastrophique. Plusieurs jours après, on ne sent toujours pas la poigne de l’Etat. Et ce n’est pas gagné pour les prochaines semaines. L’erreur originelle de l’aide internationale est qu’elle n’a pas pensé (voulu ?) mettre en place en priorité les moyens physiques et logistiques pour que l’administration survivante puisse être en état de réagir, de communiquer, de diriger. Quand je vois la rapidité avec laquelle CNN a installé bureau, antenne, secrétariat (et bar d’urgence ?) sur le tarmac de l’aéroport, je me dis qu’on aurait pu faire mieux. Quelle que soit la faiblesse de l’Etat haïtien, il aurait immédiatement fallu mettre à sa disposition un QG, des moyens, des supports logistiques, des experts. Cela n’a pas été fait. Chacun s’est plutôt auto-excité à occuper le plus de surface d’intervention possible, au pire pour des raisons d’intérêts, au mieux pour des raisons de vanité diplomatique. Les demandes de tutelle, directes ou sous-entendues, ne peuvent plus être ignorées. Dans une interview à Paris avant de partir, un journaliste me demande si finalement une tutelle ne serait pas mieux pour Haïti. C’est mal connaître le peuple haïtien. Napoléon n’en a pas gardé un très bon souvenir. La «tutelle» paraît à la surface une solution idéale pour plus d’efficacité mais, nulle part dans le monde, la communauté internationale n’a montré qu’elle savait gérer les crises durablement. Des pansements, dans l’urgence, oui. Mais du nation building au profit de la population, à long terme ? Non.
J’ai fait un premier tour de Port-au-Prince. Nous croisons des convois de fonctionnaires internationaux (ou de journalistes parfois), accompagnés d’hommes armés. J’aurais tant voulu leur dire qu’ils ne rassurent pas la population. Leurs apparitions si «hautement protégées» laissent croire à un danger qui n’existe pourtant pas. On circule partout sans être outre mesure inquiété. Port-au-Prince ce n’est ni l’Irak ni même Rio. Faut-il donc ainsi justifier tout ce déploiement ? Faut-il faire croire à ceux restés en métropole combien on vit dangereusement en Haïti ? C’est vrai que des prisonniers se sont évadés et certains quartiers très sinistrés n’ont toujours pas vu arriver l’aide, alors que les caisses de bouteilles d’eau chauffent sous le soleil à l’aéroport. Je me demande si tout cela n’est pas délibéré.
Maxime qui m’accompagne me montre deux corps calcinés sur le trottoir. C’est aussi le quartier des petits hôtels de passe. Un couple brûlé dans son dernier coït. Maxime connaît même l’histoire qui va avec. C’est le mari qui a découvert que sa femme n’était pas là où elle était censée être. Plus loin sur la même grande rue, des pilleurs. Le grand échalas qui traînait un matelas derrière lui me voit et se sauve. Derrière lui, un autre ne daigne même pas me regarder. Pour le moment, c’est un petit jeu (qui finit mal parfois). Les pilleurs testent la police, les policiers cherchent leurs marques. D’ailleurs on les croise plus loin. On leur dit que les vrais pilleurs sont derrière. Ils nous remercient et font semblant de s’activer. Mais juste derrière eux, un camion en train d’être chargé. Je comprends que ce groupe-là arrondit une fin de mois difficile.
J’ai finalement retrouvé Solène, qui travaille chez moi depuis plus de vingt ans. Je ne peux pas vraiment la payer toute l’année, donc je l’ai aidée à ouvrir un petit commerce. Elle fait partie de la famille. Elle m’emmène sur le terrain de football où elle dort chaque soir. Chacun a délimité son petit chez soi par des draps tendus et des piquets. Sur les gradins un pasteur pousse un sermon à tue-tête. Quelques voix répondent avec une conviction qui continue de m’étonner. Car une fois pour toutes, il faut le dire : les dieux, quels qu’ils soient, n’ont pas été très performants sur ce coup-là. L’enfer a tout raflé. Je me demande si tout cela n’est pas délibéré.
Une femme raconte comment une famille aisée a payé un groupe de gros bras pour retrouver sa fille. Ils parcourent les décombres et entendent quelqu’un crier. «Quel est ton nom ?»«Yvonne», répond la voix. «On cherche Edith.» Ils passent leur chemin. Trois fois, elle sera ainsi ignorée. C’est elle, finalement sauvée, qui raconte l’histoire.
Les journalistes. Il y en a partout. Cela va de la petite caméra digitale légère à la grande antenne satellite et au studio protégé par une dizaine d’hommes armés, Ils illustrent toutes les variations de l’espèce. Il y a les stars, comme Geraldo Rivera qui passe sur le tarmac et me gratifie d’un «hi» amical (il ne me connaît pas, mais il s’agit d’être cool avec les autochtones). «Hi Geraldo», je lui fais. Il est content qu’on le reconnaisse.
Il y a les baroudeurs, souvent blonds (pourquoi, je l’ignore), barbe de cinq jours, bandana rouge ou bleu autour du front, à califourchon sur une moto locale, speedant à travers la foule des quartiers pauvres. Ceux-là n’ont pas peur, en tout cas ils font tout pour qu’on le croie. Deux, trois caméras en bandoulière, ils tirent plus vite que leur ombre. Je vais rendre visite au personnel de l’hôtel Villa créole. Ils ont survécu mais l’hôtel est à moitié dévasté. Les journalistes orphelins de l’hôtel Montana effondré (vous savez ce genre d’hôtel sécurisé sur les toits desquels les journalistes aiment dispatcher leurs papiers entre deux whiskys on the rocks) errent comme déboussolés. Donc, à la Villa créole, les bords de la piscine servent de dortoir. Là aussi, je me sens comme dans un camp de légionnaires hirsutes. Même les plus maigres ont l’air musclés, tellement ils bombent le torse d’importance et de supériorité. Trop de coqs dans cette basse-cour. Je regarde autour de moi, aucun visage que je puisse reconnaître. Je m’éclipse.
Il y a les journalistes «proches du peuple». Ils sont à pied, souvent, essaient de dénicher les lieux les plus saugrenus, les individus les plus originaux, les situations les plus poignantes. Leur papier commence souvent ainsi : «Mèsidieu habite l’un des quartiers les plus pauvre de Port-au-Prince…» Plus tôt, à mon arrivée, des envoyés spéciaux très sympas de surcroît, me disent qu’ils ont un ou deux jours pour trouver des orphelinats, objet d’un prochain sujet. Va savoir pourquoi les enfants abandonnés sont le sujet le plus urgent à traiter dans ces premiers jours chaotiques. Surtout sous l’angle de l’adoption.
Les journalistes compassionnels et frustrés. Ceux qui savent que le monde ne va pas, ceux qui en veulent à la machine qui broie tout. Mais au lieu de tout faire péter, leur journal en quête de tirage, leur rédacteur en chef obtus, leurs collègues jaloux, leur femme qui ne comprend pas qu’ils aillent - encore ! - se fourvoyer dans des pays de sauvages… Je sais, j’exagère. J’ai mes clichés moi aussi. Mais quand même…
Il y a des choses bizarres dans tout cela. Chaque fois que j’entends parler de mon pays, la notion de complexité semble exclue. Quatre cents ans d’histoire incompréhensible, même pour nous Haïtiens, résumée en une seule image tronquée, superficielle, alarmiste, compassionnelle… Pourtant, je connais pas mal de journalistes. Souvent de vrais connaisseurs d’Haïti et de sa société. Souvent de grands journaux. Ils connaissent vraiment le pays, mais quand je lis leurs articles, je ne les reconnais plus. Est-ce un problème de rédaction en chef ? Est-ce une retombée de la course au tirage, de l’absolu de la première page, du drame et du scandale qui fait vendre ?
Une amie, en colère : «Ils veulent à tout prix qu’on soit conformes à l’image qu’ils ont de nous.» Elle réagit aux images de CNN montrant des hélicoptères jetant des vivres aux populations. Distribution anarchique qui bien sûr finit en pugilat. Le plus tordu, c’est CNN qui filme et diffuse, en direct. Qu’est-ce que cela prouve ? Que les Haïtiens sont des chiens ? Que des gens qui ont faim et se sentent abandonnés se comportent en bêtes ? Le pire n’est pas de montrer ces images, le problème c’est le déséquilibre, le fait qu’elles ne laissent plus de place pour d’autres peut-être plus cohérentes.
Je comprends ce que ressent un Afghan ou un Irakien devant cette extravagance de testostérone, de supériorité technologique, de rhétorique de violence médiatique.
Un Humvee rempli de marines américains fend la foule, sans un mot, les regards s’accrochent à peine. Je suis sûr que chacun d’entre eux nous veut du bien, mais des océans d’histoire, des montagnes de malentendus, des tempêtes de préjugés, nous séparent. Ils passent, nous ne nous comprenons pas.
Hôpital général. Le centre de la guerre. C’est là qu’on prend conscience de l’hécatombe. Un échantillonnage massif du nombre de blessés, de morts, de types de blessures (fractures, amputations), de folie, de désespoir. L’hôpital est gardé par les marines. Il y a là des médecins israéliens (très présents les Israéliens), américains, français, et beaucoup d’autres nationalités. Chacun occupe un bout de cette grande cour des miracles. De vrais miracles pour le coup. Les médecins de Médecins du monde, dirigés par le Dr Olivier Bernard, me montrent comment ils travaillent. J’assiste - à mon grand regret - à deux amputations qui arrivent en urgence.
Un ami médecin revient en colère, dans notre petite cité de tentes. «Ils sont complètement fous !» Un directeur d’ONG lui a demandé que chaque famille se prenne en photo (pour leur dossier) avant de pouvoir libérer l’aide alimentaire promise pour les quartiers dont il s’occupe. «Alors que ces gens ont encore des proches sous les décombres, vous voulez que j’aille leur demander de se prendre en photo ?» Il a failli l’amputer de la tête. La vaste majorité des corps finissent dans les fosses communes, sans être identifiés, sans être photographiés (l’état des corps ne le permet déjà plus).
J’ai dit à Solène que je venais passer la nuit avec eux, dans leur «camp de réfugiés». Elle a rajouté deux poteaux et deux draps pour agrandir son périmètre. Voilà, c’est simple.
Ce qui m’effraie tous les jours c’est le naturel avec lequel cette population s’adapte (je ne dis pas «accepte») à l’adversité, aux errements de ses dirigeants, à l’histoire, à l’ingratitude du monde (oui, ce n’est pas trop fort. Ce pays a donné beaucoup à ce monde. Révisez votre histoire).
Un jour, il faudra bien qu’il se relève. Un pays ne meurt pas. Ce jour-là, pour sûr, tout sera plus simple. Délibéré.
Jacmel sur RFI
12 février, 14h : un mois après ce terrible séisme.
Je suis en train d'écouter RFI, journée spéciale Haïti. Je suis très émue, j'ai entendu des voix "connues" notamment Gérald Mathurin (coordonnateur de CROSE, nous avions habité chez lui pendant 2 mois)
ça me fait chaud au coeur de l'entendre.
Ils ont également parlé du quartier de "Siloé", nom qui nous avait bien inspiré ...
Je pense très fort à cette ville et à ses habitants ...
J'enverrai le lien pour écouter cette emission en podcast dès qu'il sera disponible.
ça y est l'émission est en ligne : http://www.rfi.fr/contenu/20100205-jacmel-mois-apres-le-seisme
Claire
A lire ...
Un autre son de cloche que celui des médias classiques :
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/seisme-en-haiti/la-presse-en-haiti/201001/15/01-939777-ny-allez-pas-quils-disaient.php
ça m'a fait beaucoup de bien de lire Chantal Guy.
Encore des bonnes nouvelles : Carline et Théo, Christian et les timouns, Rigaud sont vivants !
Ce séisme nous montre qu'Haïti est au coeur de notre vie. Nous sommes marqués à jamais par ce que nous avons vécu là-bas, par les rencontres empreintes d'humanité en dépit de l'inhumanité de la situation du pays.
Jacmel
Dans Libé d'aujourd'hui un article sur JACMEL, coupé du monde.
Marlène (qui habite dans la maison où nous étions à Cyvadier) y témoigne et CROSE est cité puisque l'association est à pied d'oeuvre pour organiser l'aide et recenser les dégâts.
Marlène nous a également envoyé des photos qui sont publiées aussi sur le site de Libé :
http://www.liberation.fr/monde/1101744-haiti-jacmel-en-ruine
J'ai eu confirmation de Cécile, responsable d'AVSF (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière) en Haiti, et que nous connaissons que les dons faits à AVSF seraient envoyés à Jacmel.
www.avsf.org
A part ça toujours pas de nouvelles de Carline, Théo, Christian et les 4 timouns de la kay de passage, Rigaud, Volny, Gustave, Marie-Gérard ... et d'autres encore.
Claire
Haïti ...
Haïti est dans notre coeur, dans nos rêves et cauchemars ... Nous nous sentons impuissants.
Nous avons eu de bonnes nouvelles du MPP et de CROSE, organisations avec lesquelles nous travaillions.
Hinche (ville du plateau central) a été épargnée. En revanche Jacmel a été bien touchée.
Nous avons eu un mail du responsable de CROSE et de Marlène & Florian qui vivent dans notre maison à Cyvadier. Ils vont tous bien. Ce serait trop long de détailler les nouvelles des uns et des autres, nous pouvons simplement vous dire que nous sommes en lien quasi permanent avec d'anciens amis de là-bas qui tout comme nous essayent d'avoir des nouvelles ...
En revanche nous n'avons toujours pas de nouvelles de plusieurs personnes qui nous sont chères et qui habitaient Port au Prince. La situation est telle que c'est difficile d'en savoir plus ...
Pour la question de l'aide et des dons, nous souhaiterions soutenir dans un premier temps le mouvement social CROSE (association haitienne) avec lequel nous avions travaillé. CROSE est implanté à Jacmel et en milieu rural et c'est, à notre avis, extrêmement important que l'aide arrive également en Province et que les familles touchées puissent bénéficier du soutien d'une association locale. En outre les projets que CROSE soutient et met en oeuvre doivent permettre d'améliorer les conditions de vie des familles du Sud-Est, contribuant ainsi à réduire l'inexorable exode vers Port au Prince. Hors, si cette ville tentaculaire est aussi terriblement touchée c'est en partie parce qu'elle accueille plus de 2 Millions d'habitants alors que ses infrastructures correspondent à une population de 200 000 habitants au maximum.
Voilà donc l'adresse d'Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (www.avsf.org), ONG française qui est partenaire de CROSE depuis de nombreuses années et avec laquelle nous avions travaillé. L'argent recueilli pour Haïti sera versé à CROSE. Le lien suivant présente différents articles de Florian et Cécile qui travaillent pour AVSF et que nous connaissons :
http://avsf.org/fr/article.php?rub_id=107&art_id=1778
Merci à tous pour votre soutien et vos mots d'encouragements. Nous les transmettons par la pensée à tout le peuple haïtien ... Kenbe fèm.
Notre coeur est tourné vers Haïti
Depuis ce matin, nous pensons à ce pays chéri. Comme si la misère, les cyclones, l'insécurité ne suffisaient pas ... Le sort s'acharne sur ce petit pays.
Nous essayons d'avoir des nouvelles de nos amis là-bas. Quelques bonnes nouvelles sont arrivées par Facebook, nous attendons la suite ...
Claire

































